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A la sicilienne

Les nouvelles d’Andrea Camilleri sont un véritable régal à ne pas manquer.

Zù Cola et autres nouvelles” d’Andrea Camilleri est une évocation amoureuse et pétrie d’humour de la Sicile d’autrefois, celle de l’après-guerre. Nous y découvrons une Sicile païenne à travers la fête de San Calogero (“San Calo”), lequel aime le vin et s’en délecte jusqu’à l’ivresse sous le regard indigné du nouvel évêque d’Agrigente, venu d’Alessandria en Lombardie, qui s’écrie à ce spectacle : « Mais c’est un rite païen ! » Sans doute les fêtes d’aujourd’hui sont-elles d’un ton plus nuancé, mais l’origine païenne n’est pas moins perceptible dans les fêtes des « Trois déesses vierges » : Santa Rosalia à Palerme, Santa Lucia à Syracuse et Santa Agata à Catane.

Je dirais même que l’on ne peut comprendre le paganisme si l’on n’a pas assisté aux grandes fêtes des cités siciliennes. « Les premières élections » (il primo voto), celles de 1947, révèlent la confusion amusante du sentiment religieux et d’engagement politique dans la population de l’époque, notamment chez les communistes, qui vont à la messe et chantent l’Internationale quand Jésus monte au ciel le soir du Vendredi saint. (Andrea Camilleri tient à préciser en note que ce récit n’est pas une fiction.) Il précise même que « Zù Cola, une personne honnête » (Zù Cola “pirsona pulita”) ne doit rien à l’imagination. Il s’agit du monologue que tint en présence de Camilleri Nicola « Nick » Gentile boss de la région d’Agrigente, en janvier 1950, où l’on découvre, non sans surprise venant de Camilleri, une sorte de réhabilitation de la mafia traditionnelle qui perpétuait un pouvoir féodal fondé sur le respect et sur l’honneur, avant les dérives des années 70.

De toutes ces nouvelles, celle qui m’a le plus impressionné est la dernière (une page et demi), “Le chapeau et la casquette”, qui met en présence una coppola, c’est-à-dire un homme de main de la maffia, et un chapeau, symbole du « troisième niveau » devant lequel la casquette s’incline et s’excuse après l’avoir menacé d’un revolver une nuit dans la rue déserte d’une cité qui n’est pas nommée. À lire absolument pour les amoureux de la Sicile.
R.S.

Zù Cola et autres nouvelles, d’Andrea Camilleri, L’Ecailler, 95p., 10 €.

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