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Claude Cabanes, le hussard rouge

Numéro 88 – Littérature française

 

Hommage à notre collaborateur disparu à l’âge de soixante-dix neuf ans.

 

Claude Cabanes, à ma demande, avait accepté de faire partie du jury du Prix des Hussards, où figurent Christian Millau, Jean Tulard, Eric Naulleau, Yves Thréard, Philippe Bilger, Jean des Cars, Bruno de Cessole et moi-même. Cette grande plume de « L’Huma » n’ignorait pas qu’il y a un style « Hussard ». Une façon d’affronter la bêtise, d’aller jusqu’au bout de son destin, de mépriser les compromissions et de rire de ses illusions, de s’inventer une cause à sa mesure et de la défendre hautement, quitte à en mourir, mais gaiement. Plus qu’une morale : une attitude. Claude avait cette attitude. Sa droiture n’avait rien de gauche. Pour tout dire, c’est la littérature qui nous a réunis. Il parlait d’aristocratie du style. Il aimait le rire, l’humour, l’emporte-pièce. Lorsque je lui avais parlé de ce prix qu’on mettait au point, il avait souri en évoquant le hussard et la nécessité. Quelques années plus tôt, il avait tout de suite accepté de collaborer au journal que j’avais lancé, Service Littéraire, comme il a tout de suite accepté de faire partie du jury du Prix des Hussards. Lui qui n’a jamais renié la gauche, il se tenait droit.

 

Le dandy communiste avait quelque chose d’un cadet de Gascogne. Il savait – et ça lui plaisait – pas que le hussard est cabochard, ingérable, intempérant, lunatique, multicolore. Il y a des hussards bleus, façon Roger Nimier, des hussards noirs, façon Jules Ferry, des hussards sur le toit, façon Jean Giono. Et des hussards rouges, façon Claude Cabanes, une couleur qui sied parfaitement à la cavalerie, ce qui ne veut pas dire qu’on se comporte de façon cavalière. Car s’il y a bien une chose de Claude détestait, c’était la vulgarité. Il a d’ailleurs écrit pour moi dans la collection « Eloge », un « Eloge de la vulgarité » tout en nuances, chatoyant, mais sans pitié pour le clinquant, le tape-à-l’œil, et pour ceux qui nous gouvernent. Claude était un ami. Un bon ami. Son amour pour la littérature avait fait fi d’un certain militantisme, même s’il ne reniait pas ce qu’il pensait, d’où il venait et qui il était. Il aimait aussi bien Céline qu’Aragon, Drieu la Rochelle que Roger Vailland. Son écriture était fine, incisive, cursive, élégante, sans compromission. La littérature, cela va de soi, n’aime pas les oukazes. Voilà pourquoi Claude avait sa place à Service Littéraire. Ses charges avaient du cœur et son cœur était chargé. Il nous a donné son amitié sous l’étendard tonique des hussards. Elle y restera à jamais.

F.C.

 

Lire Claude Cabanes :

Eloge de la vulgarité, Le Rocher, 134 p., 12,90€

Le siècle dans la peau, Maren Sell, 282p., 19,25€

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