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Cool Raoul, le jouisseur sans entrave

Retour d’un visionnaire oublié qui fut l’un des piliers du situationnisme.

A plus de quatre-vingts ans, Raoul le magnifique a toujours la verdeur, l’allégresse et l’audace de ces jeunes gens qui, les matins de la vie, partent chasser le bonheur et la vérité des choses – comme Descartes, « ce cavalier français qui partit d’un si bon pas », avec son “Je pense, donc je suis”, cauchemar de tous les despotismes. Raoul Vaneigem a dû signer un pacte avec je ne sais qui pour bénéficier de cette jeunesse éternelle, dans sa manière de vivre comme dans sa manière d’écrire. C’est le contraire d’une jeunesse enfuie, servant à alimenter la nostalgie. C’est une jeunesse du présent, car elle recommence tous les matins. Chez Raoul, l’amour des commencements n’est pas seulement un trait de caractère, c’est une philosophie de l’existence et de la société. Et la révolution, c’était, c’est encore le droit au plaisir, et la beauté des choses, la chasse au bonheur pour tous. Raoul fut une des figures, un des mousquetaires de cette Internationale situationniste qui partit en guerre contre la société marchande et inspira mai 68. Son “Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations” fut le livre le plus volé dans les librairies, durant ce mémorable printemps. C’était le signe, la preuve que les nouvelles générations s’y retrouvaient, s’y reconnaissaient.

Dans ses entretiens avec Gérard Berréby, Raoul se remémore sa vie : sa naissance et son enfance en Belgique, à Lessines, qui était aussi la ville natale de Magritte et battait sans doute le record du monde, avec quatre cents bistrots pour huit mille habitants. Comme beaucoup d’enfances européennes des années 30, celle de Raoul fut marquée par la guerre d’Espagne, d’autant qu’il avait un grand-père libertaire et un père cheminot, socialiste et anticlérical, « un rouge », comme on disait à l’époque. Ensuite, Raoul Vaneigem fit des études de philologie romane, à Bruxelles, et découvrit Isidore Ducasse, comte de Lautréamont. Devenu professeur à l’École Normale de Nivelles, il fut dénoncé par un de ses collègues, pour avoir participé à la grande grève de 1961. Les sombres plaisirs de la délation… Mais Raoul serait licencié pour une autre raison : pour avoir eu une aventure amoureuse avec une de ses élèves. Il évoque naturellement sa rencontre avec Debord, la fascination qu’il éprouva pour celui-ci, leur complicité, leur amitié, leur « haine commune du vieux monde ». Et ces soirées de fête, de dérive qui suivaient les réunions de l’Internationale situationniste. Mais il arrive qu’emportées par les remous de l’Histoire, les plus belles amitiés se délitent. Celle de Guy Debord et de Raoul Vaneigem s’éteignit avec le printemps 1968. Après quoi, dans tous ses livres, le mousquetaire Vaneigem ne cessera de guerroyer, en solitaire, contre ce même vieux monde.
F.B.

Rien n’est fini, tout commence, de Gérard Berréby et Raoul Vaneigem, Allia, 398 p., 25 €.

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