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Esprit du 11 janvier, es-tu là ?

Lors de sa conférence de presse – à peine suivie par 1,6 million de téléspectateurs, le plus faible score atteint par une allocution présidentielle –, notre brave président, s’efforçant d’imprimer à son masque mou de chef de rayon de supermarché un air de détermination virile, s’est gargarisé de cette formule, décalquée de « l’esprit du 11 septembre » suscité par les attentats de 2001 contre l’Amérique. S’il n’avait pas la mémoire si courte notre va-t-en-guerre élyséen aurait mieux fait de s’abstenir de ce plagiat, car l’on sait comment l’« esprit du 11 septembre » a rapidement volé en éclat avec la politique belliciste de Mr Bush junior, politique guerrière annoncée qui permet à notre martial président de faire ainsi oublier son désastreux bilan économique et politique. « L’esprit du 11 janvier », miracle prétendu de l’unité nationale retrouvée, a martelé François Hollande, doit être la référence obligée, la règle d’or de l’action gouvernementale et l’idéal autour duquel la communauté nationale est sommée de se rassembler.

Quelque temps après, devant ses anciens électeurs corréziens, François Hollande a renchéri : « Nous devons continuer à vivre (…) mais rien ne sera plus vraiment comme avant, avant ces événements, avant le 11 janvier (…) Nous devons être à la hauteur de l’esprit du 11 janvier » car « faire vivre cet esprit c’est faire vivre les valeurs de la République ». Fermez le ban ! Psalmodiée comme un mantra par un moine tibétain en transe, cette formule est caractéristique de la rhétorique hollandaise, où les mots sont censés remplacer une réalité hélas rétive aux impératifs du pouvoir. « Il faut », « nous devons », voilà les verbes qui reviennent le plus souvent dans la bouche du locataire de l’Élysée, Gribouille qui se prend soudain pour Saint-Just ou Clémenceau. Parvenu au pouvoir grâce à l’exubérance priapique de DSK et par les vertus de la rhétorique (la fameuse anaphore, « Moi président… »), François Hollande continue de croire que la magie du verbe fera prendre aux Français des vessies pour des lanternes. Ainsi en est-il de « l’esprit du 11 janvier », formule incantatoire, qui instrumentalise cyniquement l’émotion devant les attentats islamistes, et prétend substituer le mirage des mots à une réalité défaillante ou absente.
B. de C.

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