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Fragonard l’hédoniste raffiné

Numéro 89 – Expos

 

Que l’on ne s’y méprenne pas : l’exposition, qui aborde frontalement l’érotisme dans l’œuvre du peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), est bien éloignée de l’approche de Sade, crue et populaire. Tout parallèle serait malvenu. D’ailleurs, ce pan significatif du travail de Fragonard ne représente que 20 % de ce qu’il a réalisé. Fragonard peint les scènes de genre, les paysages, les toiles religieuses et mystiques. Fragonard est historien et portraitiste. Néanmoins l’érotisme constitue le reflet de son époque et en cela, fait sens. Il décrit l’amour et le libertinage, et cette exposition ne peut se concevoir sans un rapport ténu avec la littérature. Jamais une exposition n’aura autant trouvé sa place dans “Service Littéraire”, dévolu au romanesque. Fragonard amoureux… de sa peinture, et d’une vie familiale discrète, fidèle et épanouie, qui le structure. S’il n’est pas lui-même libertin, il s’en fait le miroir précis, et cette parenthèse constitue sa petite révolution copernicienne. Il devient le confident pictural des boudoirs, petites maisons et autres salons, mais aussi des précieuses et des femmes libérées, jusqu’à l’amour folie. Il accompagne les grands poèmes amoureux, et les romanciers libertins. Crébillon, La Princesse de Clèves, Laclos, Urfé, Diderot, Rousseau…

 

Il se préoccupe de la galanterie, notion fondatrice du XVIIe siècle, sous un angle amoureux et sincère. Il s’éprend des amours des Dieux, flexibles et adultérines, et des scènes mythologiques, leur offrant une connotation particulière : galanterie, civilité et utopie mêlées. Il révèle l’amour hédoniste, pour soi, apanage des garçonnières et des bordels, à travers de subtiles métaphores phalliques, coquines et délicieuses. Il illustre des textes charnels, comme les contes de La Fontaine. Le sexe chez Fragonard n’est jamais exempt d’affect, ses baisers et ses corps unis ne forment qu’une entité. Son traitement des couleurs reflète cet amour ardent, lumineux jusqu’à l’aveuglement. Sa peinture érotique révèle un homme fragile, sensible et romantique. On frémit face à la proposition progressiste et raffinée de Fragonard, bien éloignée des moralisateurs, depuis l’Armoire, le Verrou, jusqu’au Chant du Cygne.

I.K.

 

Fragonard amoureux, galant et libertin, au musée du Luxembourg, jusqu’au 24 janvier 2016.

 

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