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La Riviéra de Maugham racontée par Rivière

François Rivière publie un roman graphique, illustré par Floc’h, qui fait revivre la fameuse Villa Mauresque de Somerset Maugham.

Somerset Maugham (1874-1965) est un vrai personnage de roman. Une tête de sphinx ridé, un léger bégaiement, une imagination fertile, quelques blessures d’enfance (il fut orphelin très jeune), des amours ambidextres et une morale excentrique décomplexée : tel apparaît ce dandy autant apprécié par Churchill que par Cocteau. Harold Acton dira de lui qu’il avait « un côté raide de colonel » et Beverley Nichols, l’auteur de « Twilight », parlera de lui comme d’un « petit homme contrefait mais charismatique aux lourdes paupières de reptile voilant une malice féroce ». Quant à Frédéric Prokosch il notera : « Les poches, sous ses yeux, avaient un air de dépravation à la Caligula ». Fuyant « l’étouffante atmosphère de Londres », Willie cherchera le soleil et la gaieté à Séville, Honolulu, Florence ou la côte d’azur. Accumulant les pièces à succès, il vivra en partie sous sa bonne étoile aux côtés de Gérald Haxton, Américain de vingt ans, « aimant les garçons, l’alcool et le jeu », qu’il rencontra en 1914 sur le front des Flandres, alors qu’il est engagé comme médecin militaire auprès de la Croix-Rouge.

C’est avec ce compagnon d’insouciance qu’il ira dans les mers du sud en quête d’inspiration, avant d’écrire « The Moon and Sixpence », roman imbibé de la vie et de l’œuvre de Gauguin, dont il admirait l’incarnation de « la vie païenne, gaie et sensuelle », telle qu’il la chérissait. Cette même insouciance, sa villa mauresque, acquise en 1926, en sera toute l’expression. Nichée à St Jean Cap-Ferrat, achetée avec le fruit de ses succès au théâtre, elle deviendra pendant quarante ans, le théâtre de mondanités joyeuses et le réceptacle de sa création, ayant installé un bureau au dernier étage, ce qu’il appelait son « nid d’aigle ». On se baignait nu dans la piscine et Willie aimait choisir ses partenaires de tennis. Barbara Back, l’épouse d’un chirurgien réputé, partenaire de bridge de Willie, fut aussi son invitée sur la côte d’azur pour devenir la complice de ses soirées remplies de vieilles noblesses déchues et de célébrités : « J’ai immédiatement adoré la Villa Mauresque, mystérieuse et fraîche, tapie dans un nid de verdure odorante », s’exclame t-elle.

Mais la femme de sa vie a pour nom Syrie, divorcée et décoratrice, rencontrée en 1913, qui lui donnera une fille, Liza. Elle a l’air de hanter davantage ses jours que ses nuits. « Elle l’aimait d’une manière absurde, tel un exubérant cocker tombé amoureux d’un chat persan », dira d’elle le neveu de Willie. In fine, Rivière dresse le portrait touchant de celui qui sera au côté de Willie jusqu’à son dernier souffle, Alan Searle, éphèbe des bas quartiers de Londres, qui deviendra son amant et un secrétaire attentionné, remplaçant émérite de Gérald. Il tapera à la machine son dernier livre de souvenirs, « Looking Back ». Le vieux sage de la Villa Mauresque au visage moribond, pouvait mourir tranquille.
G.B.

Villa Mauresque, de François Rivière et Floc’h, La Table Ronde, 20 €.
Il suffit d’une nuit et Le grand écrivain, de Somerset Maugham, collection « La Petit vermillon », La Table Ronde, 7, 10 € et 8, 10 €.

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