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Les albums de la Comtesse

Des retrouvailles inattendues avec Sophie, ses malheurs, ses cousines et le Général Dourakine.

Les enfants, de nos jours, ne lisent plus. Hormis les textos, qui dispensent de l’orthographe. Et les borborygmes des bandes dessinées. Dommage pour eux. Ils ignoreront toujours la Comtesse. Laquelle ? La seule, l’unique. Celle qui naquit Sophie Rostopchine, à Saint-Pétersbourg, en 1799. Epousa en France Eugène de Ségur. Publia, entre 1856 et 1871, pour l’édification, prétendait-elle, de ses petits-enfants, une bonne vingtaine de romans, adaptés, pour certains, au cinéma et à la télévision. Celle qui fit le bonheur de la Bibliothèque rose. Qui a enchanté des générations de garçons et de filles, leur offrant un dépaysement qui apparente son univers à celui des contes de fées.

Sans renoncer, là réside son talent, à une peinture réaliste. Celle de son milieu, avec ses codes et ses valeurs. Suranné, certes – mais le charme en est accru. Voici qu’elle resurgit. Sinon elle, du moins l’intérêt qu’on lui porte. A preuve, cet ouvrage collectif. Il passe en revue les romans, contes et pièces. A chacun son chapitre, des Nouveaux Contes de Fées jusqu’à Après la pluie, le beau temps. Occasion de retrouvailles avec Sophie, Camille et Madeleine, Paul, le héros des Vacances. Bien d’autres, acteurs d’aventures moins universellement connues. Bienheureuse plongée dans la mémoire. L’entreprise est à louer. Même si le résultat, pluralité des plumes oblige, reste inégal. Objectif commun, souligner l’actualité de son oeuvre. Montrer qu’au-delà de sa popularité de romancière pour enfants, elle a sa place parmi les grands auteurs (non, je ne me résous pas à écrire auteurE et écrivainE, comme les contributeurs de ce recueil. En majorité des femmes, faut-il le préciser.)

Analyses sérieuses, pour la plupart, mais, Dieu merci, sans pédantisme du type universitaire – celles de Marie-Thérèse Ile, de Simone Balazard, coordinatrice de l’ensemble, de Claire-Lise Charbonnier, tissant, à propos de « Jean qui grogne et Jean qui rit », des rapprochements avec des écrivains contemporains de la Comtesse. Rosemonde Cathala, qui explore pour sa part, et avec subtilité, « Les Bons Enfants », va jusqu’à évoquer, dans sa conclusion, la Shoah dont cette représentante de l’ordre dominant pourrait être, suggère-t-elle, le précurseur – pardon la précurseurE ! A son corps défendant, bien entendu. Voilà qui est, tout de même, pousser le bouchon un peu loin… Mais Jacques Laurent, auquel, curieusement, personne ne fait ici référence, avait bien souligné, dans un article hilarant repris dans « Au Contraire », les tendances sado-maso qui affleurent dans ses récits. Aux qualités de la romancière, on ajoutera donc la plasticité. Celle qui permet à son oeuvre d’alimenter toutes les élucubrations.
J.A.

2 Comments

  1. Trader

    9 août 2013 a 12 h 29 min

    J ai passe un moment agreable avec vous, merci bien pour cette bonne lecture.

  2. renover un parquet ancien

    3 octobre 2013 a 15 h 25 min

    Excellent article! Continuez comme ça!

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