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Poivre

Si la mélancolie est le bonheur d’être triste, alors Patrick Poivre d’Arvor connaît le bonheur. Ce qu’il appelle la “Nostalgie des choses perdues” (L’Archipel) ressemble à s’y méprendre à la mélancolie chère à Victor Hugo. Sous forme de dictionnaire intime, il égrène son impuissance à retenir les êtres et les choses, ce qui est la caractéristique de la condition humaine. On compte trente-six chapitres dans son livre (des « apéritifs » au « voyage » en passant par la « poésie ») qui n’ont rien à voir avec trente-six chandelles. Était-ce mieux avant ? Pour les classiques, toujours. Pour les modernes, jamais. Le problème, c’est que les modernes d’aujourd’hui sont les classiques de demain et que les modernes d’hier sont les classiques d’aujourd’hui. Dans la nostalgie de Patrick, on retient “La piste aux étoiles”, “Plein soleil”, Claude Sautet, Chanel, Lagarde et Michard, le JT de TF1, Bernard Frank, Tintin, Enid Blyton, la grande époque du Stade de Reims (PPDA est né à Reims), les études de journalisme au CFJ avec Giesbert, la Plymouth Fury du “Cercle rouge”, la DS paternelle, la version des “Rois maudits” de Claude Barma (ce qui n’est pas la même limonade que le navet réalisé par José Dayan). Et même une phrase de Hegel : « La lecture des journaux est la prière du matin de l’homme moderne ». Avec Patrick, on chante : « Iva-nho-é, Iva-nho-é ! » Comme lui, on a la nostalgie de ce qui a été et de ce qui ne sera plus. Comme lui, on n’oublie pas. Comme lui, on n’oubliera pas ce qu’ils ont fait à Charlie. On n’oubliera rien.
F.C.

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