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Prendre l’eau

Une règle : quelques-uns nagent, beaucoup coulent, un seul surnage. C’est l’amour. La mer est abusive. Dans “La grande nageuse” (Mercure de France), Olivier Frébourg fait chavirer les rives. On fait la connaissance de la belle Gaëlle, puis de sa fille Marion, deux Bretonnes d’origine vietnamienne. Le narrateur se marie avec Marion. Il y a de la gîte. Marin ou peintre, l’auteur va à vau-l’eau. Cette eau chère à Bachelard n’a rien d’un rêve. Les passions se révèlent, se brouillent. Cela s’appelle prendre l’eau de toutes parts. Monsieur Frébourg, écrivain au long cours, est un homme de la mer. Sa nageuse lui échappe. Qu’il empanne ou qu’il vire de bord, il nous met la baume au cœur. Son histoire d’eau est une tempête. À bâbord comme à tribord, c’est la tempête. Pourquoi Marion lui échappe-t-elle ? L’encre est levée (celle d’une plume à la dérive), le naufrage n’est pas loin. Le livre de Frébourg est une aquarelle océanique : rapide et cruelle. C’est aussi une métaphore de la France actuelle. Quelques-uns nagent, beaucoup coulent, un seul surnage. Oceano nox ? Presque. Ce bonheur d’être triste. Avec l’ironie de l’amour déçu. Bravo, Frébourg.
F.C.

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