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Senteurs de cassis et champignons des bois

Numéro 89 – Gastronomie

 

Si vous avez l’occase, sautez dessus, comme un Chinetoque sur un bobun, et visitez le château du Clos Vougeot, certes connu comme le loup blanc, mais beau comme un Saviem. Non loin, pour se refaire le croupion, rien de tel qu’une virée au Chef Coq, à Nuits Saint Georges, dans un ensemble qui fait un peu motel, mais où l’auberge sniffe bon la réduction d’antan, et où l’ambiance mousquetaire nous replonge dans les pensées du comte de la Fère. Dans la cave du Coq, naturlich riche en Nuits, cocorico ! le Morey Saint Denis de Roumier, en 2009, est un pied-de-nez au cigare de cochon, plat roboratif qui vous cloque le nid dans le crapulos, senteurs de cassis et de champignons des bois à l’appui. La soupe glacée à la truffe, sans casser trois pattes à un cul-de-jatte, file tel un prout dans vos pupilles, se taillant le flambeau avec des vertiges de trompette à la neige. Le daron, un gros sac tout ce qu’il y a de plus canard, sympa et roméo, vous conseille avec le doigté de frère Bernard (Cîteaux pas loin). Il n’y a plus qu’à glougouter une blanche avec les cisterciens. Tout ça après s’être coxé un beau chateaubriand enroulé de bavette. Vas-y Nanard, c’est du joufflu !
La Gentilhommière, le Chef Coq, 13 Vallée de la Serrée, 21700 Nuits-Saint-Georges, 03 80 61 12 06. Carte : 60 €.

 

Cap sur le nord de la Bourgogne, à Auxerre, où Guy Roux le matois en pinçait pour le ballon, parfois du Maranges, avec une cathédrale Saint-Etienne qui est un pur spécimen du gothique bourguignon, hic ! Ceci dit, le centre historique de la ville a quelques taches de rouille sur la carlingue, vu que des ravalements s’imposent, tant c’est blèche dans les ruelles, pas vraiment propice aux photos de tonton Kodak, ni au décapitonnage du rondibé. Quoi qu’il en soit, chères fourchettes, aiguisez vos crochets et courez boulevard Vauban, où est passé Poléon en provenance de l’île d’Elbe, histoire de poser votre abat-jour chez Pierre Boussereau et Olivier Laplaine, un couple tout ce qu’il y a de plus michto, où la cuistance est de première fiole. La maison de maître bien décorée, le fois gras ferme et parfumé, le veau bien servi, cuit rose à point avec les petites patates rissolées, le coulant à la coule, sans compter le Volnay 2007, vous attachent le bidon à l’orgue de barbarie dans le style mailloche malabar. C’est du raffinaze, du copieux, du casque de sucrier pour la fille du bédouin qui suit la ca-ra-va-ne ! Le chef, Pierre Boussereau, mériterait fastoche un macaron. Allez, Bidendum, un effort pour être révolutionnaire !
Le Jardin gourmand, 56 boulevard Vauban, 89000 Auxerre, 03 86 51 53 52. Menu : 59€. Carte : 80€.

 

A Chablis, on sent partout la rouille, le mazout, le picton de première et le brouille-ménage griffé chardonnay. C’est du bourru, attendu que le blanc, pour les prostatiques ou les fragiles des rouletabilles, c’est de la fonte en fusion dans les tubulures, sans compter le cul derrière les dents. Le soufre au cœur ! aurait dit Louis Malle. En tout cas, chers bouchons, à l’Hostellerie des Clos, où la pierre de Bourgogne tient le haut du pavé dans la salle à manger, c’est appétissant comme une crème brûlée. La tortore y est aussi veloutée qu’un œuf en meurette, aussi délicate qu’une brochette de queues de langoustines, aussi rose (couleur de la dalle) qu’une poitrine de pigeon aux girolles et aux petits pois. Pépère a le crampon. D’autant que l’Aloxe Corton Valozières, pour les ceusses qui ont le pistolet à eau chaude en délicatesse, est un nectar qui a du slip. Bref, au Clos, ça cartonne. Sans être non plus au zénith du larfeuille, c’est le genre d’estanco (très belles chambres) où l’on a envie de se mignarder avec son pétrus ou sa gisquette sans le risque de dégringoler du saladier. Par les temps qui courent, un sacré carafon !
Hostellerie des Clos, 18 rue Jules-Rathier, 89800 Chablis, 03 86 42 10 63. Menus : 35 et 90€. Carte ; 75€.

 

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