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Un Jardin au Québec

Dans trois semaines, Hanna Laliberté va renoncer à la sienne. Journaliste au Devoir (c’est un signe), et Québécoise par ses origines, la jeune femme doit épouser Arnaldo Franco, chirurgien. Sauf que dans ce couple, tout ronronne déjà. C’est la demoiselle, échaudée dans sa vie sentimentale, qui l’exige : de ce mariage, elle attend du raisonnable, une sexualité à la papa et peu de fantaisie. Cette fille là, elle est de glace, à l’image du climat hivernal de la Belle Province. Loin d’elle les atermoiements du cœur, les joies de l’embrasement, les troubles du désir. Arnaldo sera un bon copain auprès de qui elle s’endormira paisible. Oui, mais c’est sans compter sur l’arrivée du veuf César qui, dans sa peine, se croit condamné à la solitude. Il est écrivain (tiens, tiens) et a pour meilleur ami un certain… Alexandre Jardin qu’il méprise un peu pour son goût immodéré de la guimauve. Oui, c’est curieux, mais ainsi : dans son dernier livre, l’auteur du “Zubial” ne rate pas une occasion de s’envoyer, non des fleurs, mais des injures à la tête. il fustige ainsi les « livres malodorants d’un Français nommé Jardin », puis se moque de l’écrivaillon et fait danser les copines de son héroïne sur le film “Fanfan”, le sien donc, à qui il règle son compte « romantique, kitsch, navrant et nauséeux ». Une vraie « quaitainerie », comprenez ringardise.

Car à l’autodénigrement, Jardin ajoute un dictionnaire québécois – français des plus réjouissants. On y apprend qu’une fille canon se dit hostie de pétard et des seins plantureux, de belles boules ! Entre une orgie de canneberge et un tour en hydravion, les choses vont se compliquer. Hanna et César ont juré autrefois de faire l’amour une fois dans leur vie. C’était en haut du World Trade Center. Les cinéphiles se souviendront d’“Elle et Lui” en haut de l’Empire State Building, ce merveilleux film de 1957 avec Cary Grant, les autres de “Nuit blanche à Seattle” avec Meg Ryan, pas encore refaite. Comme toujours avec Jardin, ça caracole, virevolte, donne le tournis. On apprend que la sodomie est possible avec du beurre de cacahouète et qu’un chum (compagnon) doit se méfier des ours en Gaspésie. Bref, dans ce conte sans prétention qui porte à mal le mythe du prince charmant, on rit plus d’une fois, « on a ben du fun ». Sans faker (baratiner), pardon !
A.B.

Juste une fois, d’Alexandre Jardin, Grasset, 240 p., 18 €.

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