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L’insoutenable farce de Mister K.

L’insoutenable farce de Mister K.

Le dernier livre de Milan Kundera est une plaisanterie qui ne vaut pas tripette.

Milan Kundera est farceur. Il écrit un roman nul pour piéger amis et critiques. On le comprend. Être une statue, c’est lourd. Romain Gary avait changé de nom. Kundera change de stylo.
Kundera est farceur. Mon libraire n’est pas dupe. « C’est mal écrit ». Sandrine est d’accord : « c’est quoi ce truc ? » Belles personnes que Panurge et Pavlov n’ont pas contaminées. Leur jugement ne compte pas : ils lisent et aiment les livres. N’en demandons pas tant aux professionnels de la profession. Milan Kundera est une religion. On ne discute pas ; on se prosterne.

“La Fête de l’insignifiance”, dernier roman de l’écrivain snobé par le Nobel mais accueilli par La Pléiade, est encensé. Le livre « défie la pesanteur » pour Le Monde, il est « solaire » pour L’Express, « profond » pour Libération. Farandole de bonbons. Ajoutons le bel adjectif « crépusculaire » que les marchands de couleurs utilisent quand ils n’ont plus rien à écrire. A 85 ans, Milan Kundera rapporte que la vie n’a pas de sens, que l’insignifiance est notre condition, que la bonne humeur est le meilleur médicament. Diable ! Le style ne rattrape rien : minimal mais chichiteux. Sacré Milan ! Il écrit comme Duras mais lui, il fait exprès. Il pensait que la ficelle était grosse, que ça se verrait, que le titre du roman donnait un indice. Niet. Les gogos du Flore se régalent. Hallucination collective ? Re-niet. Ces 140 pages ne valent pas tripette. Au deuxième verre de beaujolais, les thuriféraires conviennent que Kundera est assommant, qu’il enfile les perles et que si Tartempion envoyait un texte pareil aux Éditions G., il ne passerait pas le comité de lecture.

Alors pourquoi ? Jean-Pierre Marielle (à moins que ce ne soit Philippe Noiret, les versions diffèrent) ont inventé dans les années 70 l’expression « avoir la carte » pour qualifier ceux qui bénéficient des mamours de la critique. Les critères sont flous quoiqu’une sensibilité de gauche soit bienvenue. Le nouveau roman, le festival de Cannes, Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos « ont la carte » comme, hier, Gainsbourg, Coluche mort, Laurent Terzieff, etc. Il va sans dire que Philippe Noiret n’a jamais eu la carte. Il avait le succès.
Kundera est farceur. Il donne les clefs de la supercherie. Staline, écrit-il, gardait ses collaborateurs après la journée de travail. Il racontait des petites histoires. Un jour de chasse, il voit vingt-quatre perdrix perchées sur un arbre. Il n’a que douze cartouches. Il tire, en tue douze, retourne chez lui, prend des munitions, revient devant les perdrix qui n’ont pas bougé et finit le carton. Évidemment, c’est une blague. Personne ne rit : « car personne autour de lui ne savait plus ce que c’est qu’une blague. » Personne autour de Kundera n’imagine que “La Fête de l’insignifiance” soit un canular. Chacun vit dans son Kremlin. Pour la peine, je vais relire “L’insoutenable légèreté de l’être”, un roman, un vrai. Pas une blague.
P.P.

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Artaud

La fête de l’insignifiance, de Milan Kundera, Editions Gallimard, 140 p., 15,90 €.

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