Lecture du moment
450000 ans avant J.-C.

450000 ans avant J.-C.

Un roman préhistorique et joyeux où il pleut des pierres de foudre, argh , argh !

Il est né il y a 452 014 ans à Tautavel dans une grotte des Pyrénées, le jour et l’heure restant à confirmer. En ce temps-là, l’homme de Tautavel tâtonnait. Mais les traces de la préhistoire permettent de suivre cet ancêtre que vous avez reconnu puisqu’il appartient au groupe des Anténéandertaliens. C’était, déjà, un Homo Erectus européen. Notre héros s’appelle Tahül ce qui, dans le langage articulé de l’époque, veut dire « Tel, je veux », un nom sans appel. Son génie inventif l’aide à improviser, à emmagasiner des connaissances, à perfectionner sans cesse son outillage. Il empile les cailloux pour se protéger de l’humidité et chasse comme un affamé. Il est capable d’abattre des animaux aussi puissants que le bison, aussi agiles que le mouflon, aussi redoutables que le lion. Mais Tahül, adulte à douze ans, ne survit pas que de chair fraîche. L’amour rôde, il a les yeux bleus de Jald qui séduit tous les mâles. Tous deux, et les autres, ne flânent pas. Chez eux, entre eux, il faut faire vite car on dépasse rarement les trente ans. Et il y a les Troms qui menacent, sans oublier les Graüls du plateau et les Snèks des rivages. Ce beau petit monde, qui se partage les rennes et les bœufs musqués à l’épieu, ne pense pas qu’à se battre en dépit d’une ambiance et d’un quotidien très rudes. Il veille à l’accélération de la démographie. Et les conflits amoureux peuvent devenir houleux.

Tout cela nous est conté d’une plume vive, malicieuse, par une romancière à l’écoute d’un paléontologue. Voilà comment le professeur Henry de Lumley, et son équipe du Centre européen de recherches préhistoriques, ont transmis à Henriette Chardak le savoir accumulé au cours de cinquante années de recherches sur l’Homme de Tautavel. Au long de ce roman épique et joyeux, où il pleut des « pierres de foudre », on songe à l’inversion des situations telle que l’auteur la traite en préambule. Tahül serait aujourd’hui bien embarrassé sur l’autoroute A75 avec un GPS en poche, assis dans une voiture hybride. Mais il serait mille fois plus débrouillard que nous, en pleine nature. Que ferions-nous si nous devions survivre, sans chaussures, sans lumière, sans chauffage et sans portable, à moitié nus, au milieu de la faune sauvage ? Nos fiches de paie, même plus affinées, ne nous seraient d’aucun secours, encore moins nos avoirs improductifs. Aucun doute, cette lecture d’une quarantaine de chapitres à toute allure est, comme on disait à l’époque des illustrés : é-pa-tan-te. Nous la conseillons pour la traversée de l’été, de jour comme de nuit. Le joli temps d’Henriette est le nôtre. Il nous confirme, selon une pensée sans âge, que l’avenir était savoureux autrefois.
C.M.

Tahül et les pierres de foudre, d’Henriette Chardak et Henry de Lumley, L’Archipel, 400 p., 21 €.

Voir également
Jouhandeau-Paulhan

Et aussi :
Madame de Néandertal, journal intime, de Pascale Leroy et Marylène Patou-Mathis, NiL, 264 p., 19 €.
Au crépuscule de Néandertal, d’Olivier Merle, Éditions de Fallois, 398 p., 18,50 €.

Voir les commentaires (2)

    Laisser une réponse

    2020 © Service littéraire, tous droits réservés.