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BB un si beau culte

BB un si beau culte

Brigitte Bardot est un mythe qui enflamme toujours le papier glacé.

La plus belle femme du monde (en son temps), la plus photographiée du siècle (dernier), ne peut donner que ce qu’elle a. Si on veut encore gloser, on peut rajouter « la gloire, ce deuil éclatant du bonheur ». Avec elle, tous les clichés sont vrais. Et plus que jamais pour qu’éclate la vérité toute nue, forcément nue : Brigitte Bardot est la seule star que les Français ont connue – avec de Gaulle, s’entend, il le disait lui-même. Ce statut, toujours lié à quelque chose de sulfureux, l’ingénue scandaleuse le porta après que Marylin fut disparue. Symbole de ceci, emblème de cela, icône nationale et « rêve impossible des hommes mariés » selon Nourissier, la Marianne de 1968 fut tout jusqu’à devenir la diablesse de la République quarante ans après. Par comparaison, toutes celles qui ont essayé de lui succéder étaient vouées à rester des super starlettes de papier glacé. Ainsi va la Bardot, sublimée par sa photogénie, portée par notre mémoire d’ados attardés. Comme si elle n’avait jamais été cette blonde écervelée dont on a fait le portrait à l’acide, comme si ses fameuses initiales étaient restées BB et non bébête. Sa générosité est telle qu’elle a accepté de voir le temps chiffonner son visage angélique, soulignant juste avec constance ses yeux de biche, sans parvenir à faire oublier les plis d’amertume qui cernent désormais son sourire.

C’est curieux, après avoir été la ravissante dévergondée au « cul qui chante », la voilà redevenue, telle qu’en elle-même partout affichée, la divine beauté qui a rayonné sur tant de jeunes années. Deux livres d’amour en témoignent. Nous avons un faible pour le premier où elle entre dans la légende d’une écriture qui a l’avantage de lui ressembler, tout en plein et délié. Son Jacques n’est plus Charrier mais Héripret qui n’est jamais loin de la belle boudeuse avec son Leïca. En tournage à Alméria auprès de deux grands mâles attentionnés, Sean Connery et Stephen Boyd, le mythe se fait muse. L’œil contemple, saisit, pour nous faire partager un mélange d’innocence subversive et d’espièglerie enfantine. Ce splendide objet de désir en noir et blanc est préfacé par la poésie gourmande de Gilles Durieux qui s’attarde du côté de Musset. Dans le deuxième, les Brincourt, père et fils, y vont de leur célébration aux mesures de Paris Match. Le bateau amiral, toutes pages dehors, propose son hommage dans les grandes largeurs et en couleurs. Comme quoi, le mythe reste un lumineux filon.
C.M.

Voir également
Henri Michaux

BB en liberté, de Jacques Heripret, éditions Eyrolles, 160 p., 29,90 €.
Brigitte Bardot La petite fiancée de Paris Match, de Christian Brincourt, éditions Glénat, 256 p., 39 €.

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