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Dedet, le hussard dilettante

Dedet, le hussard dilettante

Christian Dedet - 80

Numéro 80 – Littérature française

 

L’épatant journal de Christian Dedet est une quête solaire de la nostalgie.

 

L’art du journal intime est sans pardon : son auteur s’y expose sans masque et s’il se compose un personnage, ses artifices le dénoncent à une oreille un peu exercée. Christian Dedet, lui, n’a que faire des mises en scène de soi : il est naturellement élégant en son amour des femmes et de la littérature mais, aussi, en ses amitiés. Après “Sacrée jeunesse, journal des années 1958-1962”, le Languedocien virevoltant continue de se frayer un chemin à travers les « Trente glorieuses » avec “L’abondance et le rêve (1963-1966)”. La patrie s’appelle toujours le sud mais, en l’occurrence, moins celui – rouge sang – des corridas que du kaki militaire ; Châtel-Guyon indique le centre, où Dedet exerce en homme de l’art : « Quelle ambiance, et quelle mentalité, les cures thermales ! (…) Il y a les habitués (…) les joviaux (…) les anxieux (…) les scrupuleux (…) les coriaces (…) les étourdis… » ; au nord, Paris reste quant à lui une fête, non du côté des tristes sires des « Temps modernes », bien entendu, mais de celui d’Arts, de Combat, Carrefour, Opéra, La Parisienne ou La Table ronde (d’Esprit, aussi, reconnaissons-le). Le hussard dilettante se disperse certes avec Marie-Agnès, Mlle Greuze et quelques autres mais il se recentre aussi en lisant Sénèque ; il écrit à Joseph Delteil ou Dominique de Roux qui, en plein accouchement de L’Herne, lui conseille de donner « beaucoup de congés maladie » (la correspondance avec ces deux grands écrivains n’est pas la moindre richesse de ce volume).

 

Précisément, dans les riches heures de ces riches années, des passants considérables n’en finissent pas de se croiser, dont Dedet brosse de beaux portraits : Céline, Montherlant, Jouhandeau, Jean-René Huguenin, Michel Déon, François Sentein, Jacques d’Arribehaude, Gabriel Matzneff… Aux éditions du Seuil, c’est Luc Estang qui s’occupe de ses premières œuvres, “Le Métier d’amant” et “La Fuite en Espagne” dont les récits sont salués, excusez du peu, par Kléber Haedens, Philippe Sénart, Matthieu Galey et Pol Vandromme. Le dimanche de Pâques qui, en 1966, était un 10 avril, Christian Dedet revient sur la parution dans Le Figaro, quelques jours plus tôt, du « billet de l’invité » qui lui avait été demandé par Bernard Pivot. Il le définit comme une « chronique vagabonde et stendhalienne » qu’il avait d’ailleurs intitulée “La Chasse au bonheur”. L’explorateur Dedet n’est-il pas là tout entier, dans cette quête faite aussi d’incertitudes et de mélancolie mais dont l’horizon, sud oblige, demeure divinement solaire ?

R.S.

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L’abondance et le rêve. Journal 1963-1966, de Christian Dedet, les éditions de Paris Max Chaleil, 408 p., 18 €.

 

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