Lecture du moment
Hendrix, Le mûr du son

Hendrix, Le mûr du son

Le mythique Jimi – “Hey Joe” – écrivait aussi bien qu’il jouait de la guitare.

Le petit cachottier était aussi écrivain. Cet ouvrage est un patchwork de tout ce qu’a noté le plus grand guitariste de tous les temps. Un seul son suffit à le reconnaître. Quand il joua l’hymne américain à Woodstock, en été 1969, il a fait jaillir des cordes le bruit strident des bombes de la guerre du Vietnam. Son obsession de noter ce qu’il ressentait nous rappelle Georges Perros, l’auteur majeur des “Papiers-Collés”. La drogue n’a pas apporté une once de créativité à Hendrix. La musique le faisait assez planer. Cependant, les producteurs l’essoraient tellement qu’il avait besoin « d’un stimulant par moments » comme Coppi et Anquetil, les as de cœur du vélo. Jim Morrison des Doors n’avait pas le monopole de la culture. Le poète Hendrix n’aimait pas qu’on le cantonne dans le psychédélique parce qu’il adorait Bach, Beethoven et Malher autant que Bob Dylan et B.B. King. Plus de quarante ans après sa mort, on découvre sa face littéraire cachée dans un superbe ouvrage avec un jeu d’écriture noire et violette. La farandole des caractères rappelle les notes échappées des partitions du génial guitariste. Hendrix avait dans les veines du sang Cherokee. On pouvait le deviner grâce à son art vestimentaire où il excellait aussi. Il portait les couleurs, tissus, franges et chapeaux avec grande classe. « Je ne cherche pas à amuser les petites minettes ou les mamies. J’essaie d’être honnête, d’être moi-même. » Son père l’éduqua sévèrement. Le fiston n’avait pas le droit de parler devant des adultes, sauf si on lui adressait la parole. A dix-huit ans, il vola une voiture puis s’engagea dans l’armée de l’air, en guise de punition.

Début 1966, il monte son premier groupe alors qu’il se fait appeler Jimmy James. « Je suis en Angleterre. Des gens vont faire de moi une star. » Au début, sans permis de travail, il ne peut pas jouer dans les clubs. En octobre 1966, il fait une tournée avec Johnny Hallyday. Hendrix en première partie de Johnny, c’est Mozart avant Aimable. En novembre 1966, il annonce à son père qu’il s’appelle désormais Jimi Hendrix. C’est l’époque du succès planétaire : “Hey Joe”. Le livre est vivant d’un bout à l’autre. Hendrix y démontre une rage d’expression teintée d’humour. L’usage du présent de l’indicatif le ressuscite à chaque phrase. On y lit des interviews, en regard des illustrations de Bill Sienkiewicz. Le Sagittaire confie : « Ce que j’ai à dire, je le dis avec ma guitare ». Le reste du temps, il est timide. « On doit écrire ses propres chansons, si on veut produire un son à soi. J’en ai écrit des centaines mais la plupart sont restées dans les chambres d’hôtel d’où je me suis fait virer… » Dans “Manic depression”, il dit vouloir faire l’amour à la musique et non pas à une « nana ordinaire ». Obsédé par la spontanéité, il recherchait l’or du temps. Hostile à la discrimination, il ne voulait pas être un rebelle institutionnel. « Le succès n’est pas bon. Il nuit à mon travail ». Improviser sur des émotions passagères lui plaisait le plus. Ses chansons sont une collision entre réalité et fantastique. En fin de volume, on tombe sur la coupure de presse d’un journal de Londres : « 18 septembre 1970. Jimi Hendrix, la rock star américaine qui a touché des millions de gens avec son jeu de guitare ardent et passionné, est décédé aujourd’hui de causes inconnues. Il avait 27 ans ». L’a-t-on poussé à s’autodétruire pour mieux exploiter ses enregistrements ?
B.M.

Voir également

Mémoire d’outre-tombe, de Jimi Hendrix, traduit de l’anglais par Claire Breton, introduction de Peter Neal, Jean Claude Lattès, 255 p., 22,90 €.

Voir les commentaires (6)

    Laisser une réponse

    2020 © Service littéraire, tous droits réservés.