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Impayable Betancourt

Impayable Betancourt

Il me semble que Mme Ingrid Betancourt a suivi le conseil que je lui donnai par voie télépathique de prendre un nègre. Son style, qui était prodigieusement ridicule dans son précédent ouvrage “Même le silence a une fin”, est devenu d’un ridicule simplement moyen. S’il y a nègre, ce nègre travaille assez bien. Certes, il n’a pas voulu humilier sa patronne en la reprenant sans arrêt ; il lui a laissé quelques phrases tordues comme celle-ci : « Le soleil montait en puissance et donnait une matérialité à ce monde qui diluait ses propres visions », des expressions tapageuses comme celle qui vient : « la lumière zénithale » et plusieurs clichés qui couvriraient de honte mon valet de chambre s’ils lui échappaient.

Mais dans l’ensemble, la prose du nouvel ouvrage de Mme Betancourt est correcte. Elle est correcte, mais plate, oh plate, d’une platitude à faire mourir lentement. Mais de quoi s’agit-il ? Julia a hérité de sa grand-mère le « troisième œil » : elle voit, par les yeux d’un tiers, sa « source », des scènes à venir. Elle s’engage progressivement avec son copain Théo dans la lutte contre la dictature militaire. C’est en Argentine et dans les années 70 que cela se passe. Tout cela pourrait être marrant, mais grâce au style plat et aux dialogues nombreux, longs, ennuyeux, et ennuyeux parce qu’ils sonnent faux, mais d’un faux ! c’est rigoureusement assommant et, à la page 95 (il y en a encore 260 derrière), on ferme le livre et on va faire du vélo. Tout en pédalant, on se demande quand Mme Betancourt va cesser de se prendre pour un écrivain.
B.L.

La ligne bleue, d’Ingrid Betancourt, Gallimard, 355 p., 19,90 €.

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