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Le guerrier ne baise pas toujours que la main des dames

Le guerrier ne baise pas toujours que la main des dames

Miss Roberts écrit que la France de 1944 était pour les GI’s un énorme bordel.

Savez-vous pourquoi les jeunes GI’s sont venus se faire trouer la peau sur les plages de Normandie en juin 1944 ? Je vous le donne en mille. C’était pour sauter les petites Françaises qui, privées de mâles, n’attendaient qu’eux. Quant à celles qui auraient fait la fine bouche – si l’on peut dire – elles y passeraient quand même car, voyez-vous : « Pour les soldats américains, la France était un gigantesque bordel où l’on pouvait violer les femmes ». C’est une intellectuelle américaine de l’Université du Wisconsin, Mary Louise Roberts qui nous le rappelle dans son livre, “Des GI’s et des femmes”, auquel de grands médias comme “Le Monde”, ”Libération”, “Médiapart” ou même “Le Point” ont réservé un accueil sidérant, sans trop se poser de questions, d’une part sur la personnalité de la dame, d’autre part sur le bien-fondé de ses accusations. Curieusement, nul ne relève que ce « professeur d’histoire de France », en effet bardée de diplômes, a des orientations bien précises : spécialiste, notamment, de Simone de Beauvoir, elle l’est aussi de la théorie du genre, objet de tous les délires d’une certaine gauche pensante d’Outre-Atlantique. Sur le fond lui-même, Mme Roberts prend prétexte de photos parues dans le quotidien de l’armée américaine, “Star and Stripes”, montrant de jeunes Françaises extasiées dans les bras de leurs libérateurs, comme preuves des noirs desseins du gouvernement yankee d’alors. Selon elle, pour donner du cœur à l’ouvrage à ces jeunes soldats, Washington « leur avait vendu la bataille de Normandie comme une aventure érotique (…), une idylle sexuelle (…), ce qui a eu pour effet de déchaîner un véritable raz-de-marée de désir masculin ». Si, dit-elle, au Havre, pris pour exemple extrême, « on copulait à tous les coins de rue, en plein jour et en public », à son tour Paris « est vite devenu un paradis où s’assouvissaient tous les désirs érotiques ». C’est curieux, moi qui me trouvais à Paris à cette époque, la chose m’avait complètement échappé. Et plus curieux encore, elle avait échappé à tout le monde.

Mais ce n’est pas tout : conséquence du tsunami sexuel dont Mme Roberts semble rendre responsables les services de propagande américains, une vague de viols dont elle fournit les chiffres officiels. Entre juin et octobre 1944, alors que 4 millions de GI’s traversaient la France, 152 furent traduits en cour martiale dont 139 Noirs (la place me manque pour donner les raisons de ce pourcentage si élevé). Notre historienne omet de rappeler que pendant ce temps-là, 2 millions de viols furent imputés à l’Armée rouge, en Allemagne et en Pologne. Au cours de notre histoire la plus glorieuse, les troupes françaises ne passèrent pas non plus leur temps à se croiser les jambes. On manque de statistiques concernant les exploits de Turenne au Palatinat, mais les récits de villages incendiés et de femmes violées ont donné une idée de l’allant du soldat de Sa Majesté. En revanche, il existe des chiffres jamais contestés concernant l’occupation à partir d’octobre 1919 des territoires rhénans, sous pavillon français. De février à juin 1923, les effectifs s’élevant à 210 000 militaires, on dénombra 59 viols et 20 tentatives, puis de janvier à juillet 1924, 87 viols et 45 tentatives. Par la suite, une propagande nazie hystérique accusa les troupes coloniales (environ 35 000 hommes) de viols individuels et collectifs sur des enfants et femmes de 6 à 70 ans (la fameuse « Honte noire », « die Schwarze Schande », évoquée dans Mein Kampf) Or, dès janvier 1920, l’État-Major avait prudemment rapatrié les contingents noirs, maghrébins et tonkinois… Cela avait donc été de braves « poilus » de chez nous qui étaient passés à la manœuvre. Découvrir en 2014 que le guerrier ne se contente pas toujours de ne baiser que la main des dames est un exploit qu’il fallait saluer.
C.M.

Voir également

Des GI’s et des femmes, de Mary Louise Roberts, Seuil, 416 p., 22 €.

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