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Les enfants du Márái

Les enfants du Márái

Le dernier volet inédit de l’œuvre du grand écrivain hongrois Sándor Márai.

La littérature d’Europe centrale est, comme bien d’autres ses voisines, d’une richesse reconnue. L’originalité de la Hongrie est à cet égard montrée. Les mésaventures du pays face aux mouvements venus de l’Est, aux invasions, aux Turcs, à la défaite de Mohacs ont contribué à défavoriser en maintes époques une destinée singulière avant, pendant et après l’Empire des Habsbourg. Vint ensuite la guerre de 1914, puis une période particulièrement troublée pendant quelque temps par la dictature marxiste de Béla Kun. Après quoi, la Hongrie fut marquée par l’arrivée au pouvoir du régent Horthy. La destinée du pays avait été marquée après la Première Guerre par le traité du Trianon qui le démantela au profit de ses voisins, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et la Roumanie. L’œuvre se place essentiellement durant la période correspondant à la première moitié du XXe siècle. Des romans ou des récits d’une finesse remarquable portent principalement sur la société hongroise. Parmi les titres des œuvres majeures, citons “Les Braises”, “L’héritage d’Esther”, “Métamorphoses d’un mariage”… Ces livres avaient pour objet des analyses inégalable des sentiments et des relations entre les êtres. Et cela au cœur d’un pays dont la politique, intérieure ou extérieure, était marquée par la coexistence des bourgeois attachés à la stabilité de leurs mœurs et de leur culture. À quoi s’ajoutait une population de paysans que leur situation économique maintenait pour l’essentiel aux confins de la culture littéraire.

Le livre commenté n’est pas un roman. Ce que l’auteur a voulu faire, c’est une rétrospective de ce qui avait été son comportement pendant une décennie tragique. Plus précisément, on citera un passage de la traductrice : « Le récit se construit autour de deux dates : le 12 mars 1938, lorsque l’Allemagne nazie annexe l’Autriche, et le 31 août 1948, lorsque l’écrivain et sa famille quittent la Hongrie, désormais pays satellite de l’U.R.S.S. ». Ce qu’il y a notamment dans le livre présenté, c’est aussi l’action d’un écrivain d’un grand talent qui, en Hongrie, était obligé d’ajouter à son activité d’auteur celle de journaliste. En réalité, la leçon de cette aventure révèle sur un exemple particulièrement évident la communauté profonde de deux cheminements de l’esprit. La réduction du territoire hongrois après la Première Guerre mondiale contraignait plus qu’ailleurs les auteurs à connaître les langues étrangères, en l’occurrence l’allemand, mais aussi l’anglais et le français. C’est d’ailleurs aux États-Unis que Sándor Márai s’exila et quelques années plus tard mit fin à ses jours. Son attachement à sa langue maternelle fut toujours au cœur de son être.
F.T.

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Cervantès une 93

Ce que j’ai voulu taire, de Sándor Márai, traduit du hongrois par Catherine Fay, Albin Michel, 224 p., 18 €.

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