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Liberati ou la prétention

Liberati ou la prétention

Numéro 88 – Littérature française

 

La rentrée littéraire peut tout à fait se passer de Beigbeder, de Liberati, de madame Angot, de Felicité Herzog ou d’ Amanda Sthers.

Monsieur Liberati n’a rien à dire et il le dit interminablement dans un roman bavard et sentencieux qui ferait passer Madame Angot pour une jeune femme modeste. « Le petit nombre de gens à avoir lu mon dernier livre ne me chagrinait pas car je n’ai jamais cherché à séduire que l’élite », écrit sans rire Liberati que la melonite (avoir le melon) rend aveugle. La littérature possède ce pouvoir que le sport n’a pas : entretenir les illusions. Monsieur Liberati se prend pour un génie. Inutile de le contredire. Il dresse un portrait cent fois lu d’un homme égoïste et solitaire, aigri et triste que l’amour a touché. Simon Liberati parle de Simon Liberati. Entrez au Café de Flore et vous croiserez ces spécimens, plus attaqués par l’alcool que dérangés par le talent. Reconnaissons à Monsieur Liberati qu’il est moins ivre du vin perdu que de lui-même. Cet arrière-petit-fils de Trissotin donne à la connerie solennelle quelques perles : « Très naivement, je voulais être la hauteur de ce que j’avais écrit. » Il évoque ses amis morts : « Ils me tiraient par les pieds parce que je m’étais servi d’eux pour faire une œuvre d’art. »

Eva n’est hélas pas le premier roman de Liberati. On aimerait qu’il fût le dernier. L’auteur aime les adjectifs, les platitudes et l’amphigouri. On ne comprend rien à l’histoire qu’il raconte. Récit alambiqué, phrases inintelligible. Eva est touchée par la graisse. La cuisine est lourde. Et vas-y que je t’en rajoute, que je tartine, que je tire à ligne pour ne rien dire. Le livre tombe des mains. Pour ma part, j’ai arrêté page 126. Vous sortez de là en colère : comment est-il possible de publier un truc pareil ? Liberati est le poète maudit. Il est l’écrivain incompris. La vérité est plus simple et plus cruelle : son roman ne vaut pas tripette. Qu’il soit dans la liste des Goncourt renforcera son idée fixe : Liberati est Balzac ou Dostoïevski. Liberati écrit contre le reste du monde. Nous n’avons donc rien compris.
P.P.

Eva, de Simon Liberati, Stock, 188p., 19,50€.

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Les métamorphoses de Kafka

 

 

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