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Tiens, voilà du bouquin!

Tiens, voilà du bouquin!

Un superbe gros livre qui fête de belle façon le 150e anniversaire de la Légion.

Jamais des hommes sans nom n’ont fait autant parler d’eux. Parce qu’ils s’engagent sous une fausse identité, les légionnaires aiment la discrétion et cultivent une part de mystère. Mais depuis le 30 avril dernier, jour du 150e anniversaire de sa création, la Légion apparait sous un nouveau front : celui de la culture. D’abord avec un livre d’un millier de pages en papier Bible de la célèbre collection Bouquins qui se lit comme un véritable roman. Rien d’étonnant. Nombreux sont les intellectuels qui se sont inspirés de ces soldats à la bravoure légendaire pour écrire livres et chansons. Personne n’a oublié Édith Piaf rappelant sur scène qu’il « sentait bon le sable chaud mon légionnaire ». Le cinéma, même muet, n’est pas en reste. Dès 1912, un Américain tourna “Under Two Flags”. Aux États-Unis, la Foreign Legion est un mythe. D’où le grand nombre de films qu’Hollywood lui consacra avec Gary Cooper ou Burt Lancaster. Des succès. La télévision n’est pas en reste. En 1990, “Bêtes de Guerre”, que je réalisais pour TF1 afficha une audience qui surprit la direction de la chaine. Ces longs-métrages et documentaires sont soigneusement répertoriés dans le livre. Car la Légion, on peut le constater chaque 14 juillet sur les Champs Élysée, reste populaire auprès des Français.

La riche préface d’Étienne de Montety est là pour le rappeler. On la lit d’une traite tant le directeur du Figaro Littéraire qui, dans un même temps, présente chez Arthaud un très beau carnet de voyage d’Honoré d’Estienne d’Orves, nous fait vivre, la plume en guise d’épée, le panache et le brio de l’histoire de la Légion à travers les auteurs qui l’ont contée. Il nous rappelle que ces hérauts, avant d’être romanciers, furent soldats. En premier, Blaise Cendrars, blessé et amputé en 1915 en Champagne, auteur du livre culte “La Main Coupée”. « Être un homme et découvrir la solitude. Voilà ce que je dois à la Légion et aux vieux lascars d’Afrique, soldats, sous-offs, officiers, qui vinrent nous encadrer et se mêler à nous en camarades… Cela valait bien la peine de risquer la mort pour les rencontrer ces damnés qui sentaient la chiourme et portaient des tatouages », cite Montéty qui nous rappelle que la Légion « possède un authentique poète, Alan Seeger, fils de famille américaine, diplômé d’Harvard. » Son poème le plus connu, apprécié, dit-on, du président Kennedy : “J’ai Rendez-Vous avec la Mort”. Le destin voulut que le légionnaire Seeger tombe sous le feu le 4 août 1916, jour de la fête nationale américaine. Des figures atypiques de la Légion, Montéty nous en raconte d’autres : le prince Aage de Danemark, qui s’était engagé après un revers de fortune. Un soir, importuné par un client qui déclinait ses titres dans un restaurant d’Alger, il répondit en se levant : « Monsieur, permettez que je me présente à mon tour : Commandant Aage, chef de bataillon à la Légion étrangère, Prince de Danemark, fils, petit fils, arrière-petit-fils de Roi, et je n’en fais pas un plat. »

Il y a aussi Giuseppe Bottai, ex-ministre de l’Éducation Nationale de Mussolini qui devint le sergent Battaglia et participa à la prise de Rome. Étienne de Montéty rappelle avec bonheur le destin du légionnaire Pechkoff, fils adoptif de l’écrivain Maxime Gorky (de son vrai nom Pechkoff), engagé en 1914 sous le nom de son père adoptif. Blessé, il poursuivit sa carrière à la Légion, rejoindra la France Libre avant de devenir ambassadeur en Extrême-Orient « où il eut pour admirateur le Général Mac Arthur qui s’y connaissait en fortes personnalités. » Reste le corps du livre avec un index qui permet la lecture de véritables petites nouvelles, vraies et passionnantes. De Pierre-Louis Bonaparte engagé en 40 à Cao Bang, la garnison de la RC 4 en Indochine au BMC, le Bordel Militaire de Campagne qui suivait les légionnaires en campagne ou le Boudin, la musique de la Marche de la Légion, le dictionnaire nous apprend tout sur cette institution. Manque le mot Ifoghas (mais le livre était déjà imprimé) le massif du nord Mali où les parachutistes du 2e REP se sont battus comme des lions contre les islamistes en mars dernier.
P.F.

Voir également

La Légion étrangère, histoire et dictionnaire, sous la direction d’André Paul Comor, préface d’Étienne de Montéty, Robert Laffont. Ministère de la Défense, 1140 p., 32 €.

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