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Un Fransquillon à New York

Un Fransquillon à New York

Une immersion hallucinante et teigneuse en plein 11 septembre 2001.

On connaissait Guillaume Fédou chanteur, celui de l’apocalypse sur son clavier aux sonorités nineties, ses paroles entre Bashung et Daho « son cœur près des vestiaires… », « il rêve la nuit de prendre Rome… » Et quand il prend la plume, c’est pour publier son premier roman aux éditions Léo Scheer : “Mon numéro dans le désordre”. Il y est question d’un voyage à New York avec une mère dépressive, que ce trip outre-Atlantique est censé faire décrocher d’une mauvaise dépendance alcoolo médicamenteuse. Avant le grand départ, on y croise les soirées arrosées des branchouilles parisiens, de Kenzo en passant par Tecknicart aux soirées open bar, dont notre personnage principal, Arthur Ganate (nom célinien), journaliste de mode, nous donne une définition que Bukowski en personne n’aurait pas reniée, pas plus que Gainsbourg d’ailleurs : « Un open bar c’est un véritable rêve d’enfants. On boit au goulot de la grande corne d’abondance d’un monde qui n’a plus personne au bout du fil… » Un vol outre-Atlantique en classe tempo, qui comprend à son bord un « hindou, une star des années 80, un paysan d’Europe centrale, des chinois en goguette, un obsédé sexuel, et lui donc accompagné de sa maman, et en avant pour… New York, mégapole pour mégalos, vous considérant tantôt comme un détritus, tantôt comme la personne la plus importante du monde, c’est-à-dire un client… »

Tout en empêchant sa mère nostalgique de replonger à pic dans une bonne Bud, Guillaume disserte sur les trente glorieuses, les sœurs Williams à l’US Open de tennis en passant de David Bowie à William Blake et tant d’autres. Jusqu’à ce que sa mère disparaisse sans un rond en poche dans la ville, puis qu’il la retrouve, et qu’elle veuille s’enfuir par la fenêtre arrière du taxi Saab dans lequel ils viennent de s’engueuler. Quand il la retrouve, c’est pour concocter fissa un cocktail survitaminé dans une sorte d’« hypermarché-pharmacie », et parler avec elle de la Compagnie Créole, des Daft Punk, de Jean-Marie Messier, de “Frankeinstein Junior” de Mel Brooks, quand tout à coup : « Jesus Fucking Christ !… Oh ! My God fucking hell !… Suicide attack !… America’s getting down !… Son of a bitch !… Fuck ! Fuck !… Oh fuck !…That’s all right Mama… » Nous sommes le 11 septembre 2001, rien ne va plus… Mais cela n’empêchera pas notre héros de nous emmener dans des divagations, où l’on entendra parler aussi bien de Ian Curtis, de Robert Smith, Cézanne, Andy Warhol, Ann Temkin l’actuelle curator du Moma, etc. Sacré Arthur.
C.M.

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Gerard Depardieu 93

Mon numéro dans le désordre, de Guillaume Fédou, Leo Scheer, 252 p., 19 €.

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