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Barre au sud, putaing con !

Dans le Midi, ils ont un peu le melon, et pas de Cavaillon, si vous voyez ce que je veux dire. Enfin, on dit ça, mais c’est surtout à propos de certains toqués de la prétention, autrefois prometteurs, qui stagnent maintenant comme des pinces de tourteau au fond de vieilles gamelles entartrées, qu’on ose la médisance. On songe notamment au Moulin de Mougins, qu’on vous déconseille à toute vapeur, à Jacques Maximin à Cagnes-sur-Mer, qui n’est plus que l’ombre de lui-même, et à Jacques Chibois à Grasse, qui s’acagnarde sur sa renommée en chichitant dans l’invisible. Jacques, qui ne fait plus feu de tout Chibois, règne en conquistador repu dans la capitale des senteurs et des essences, mais aussi du pétrole et du gaz, vu que pas mal de ruskofs et de kazaks fréquentent le bouclard, joices de s’amidonner le pipe-line aux côtes de Provence. Bref, le sieur Chibois, qu’on ne voit pas, vous assaisonne sauvage, et cela avec des quantités dans l’assiette indignes d’un grand chef (il n’a plus qu’une étoile : la mérite-t-il encore ?), comme ce loup trop cuit qui avait l’air d’un anchois cavalant après sa Niçoise, ce pigeon amputé de ses cuisses et de ses ailes, ce papillon de langoustines qui s’assimilait à une chrysalide en goguette, ce homard sur une purée de petits pois pâteuse et sans saveur. Bouh, quelle déception.  D’autant que chacun de ces plats, chers amis bigorneaux, dans la belle Bastide Saint-Antoine, ne descend pas en dessous de 70 euros ! Le Fitou est à 137 euros (un scandale ! comme disait Georges) et le verre de Jurançon (pas terrible) à 25 euros. Jacquot se mordrait-il le chinois ? D’accodac, il occupe un bel estanco, avec fragrances et vue imprenable, mais de là à nous morpionner le crapaud-buffle ainsi, ça tiraille une chouille sur la cordelette au père Jojo. Chez Gault-Millau, on lui attribue quatre toques, putaing con. Et une sérénité bouddhique. Tu parles, Carl !
La Bastide Saint-Antoine, 48 avenue Henri-Dumont, 06130 Grasse, 04 93 70 94 94. Carte : 200 €.

Après un petit passage à Auron, jolie station au-dessus de Nice, où le White et son patron Stéphane vous garnissent le gazomètre à la côte de bœuf et à l’agneau de Sisteron, il faut faire un viron au Bistrot d’Antoine à Nice, où les prix sont doux et les mijotés du moment, comme ce roboratif confit de cochon, de première bourre. Ensuite, direction Valence, comme Bonaparte qui y séjourna, et direction la Nationale 7, sans Trénet, pour aller se caler le bitos à Pont de l’Isère, chez Michel Chabran. Là, Chabran n’est pas Delmas, et Rose-Marie vous accueille comme dans un conte de Perrault, dans le jardin de Hans et Gretel, l’aromate dans le bocal à friandises. L’esprit Chabran, c’est ça : un lobe de foie gras de canard mariné qui vous rappelle les grandes heures de Jean Troisgros et des cuisses de grenouilles aux pommes de terre écrasées au caviar qui vous cloquent le nénuphar au niveau de la soute à charbon. Du délicat, de l’abondant et un savoir-faire qui mériteraient facile deux macarons – Chabran n’a qu’une étoile. Le soufflé au Grand Marnier, lui, croustillant et dodu dans son ramequin, semblable à un prélat mordoré, vous met les papilles en joie et les boules de coco aux oignes. Avec un Vacqueyras Montvac 2011 (30 €), tout en équilibre et en grenache, vous rejoignez la carrée à l’instar d’un tribun léger des plombières, avec vue sur l’espace gourmand, comparable à une cabane au Canada, mais beaucoup plus choucarde que celle de l’inoxydable Line Renaud. Par ailleurs, on signale aux amateurs que Chabran, avec ses tapas, ses côtes de veau, ses raies à la grenobloise et ses plats « canaille », pianote également au Bistrot des Clercs à Valence et au Quai à Tain l’Hermitage, et que ça déménage dans les écuelles !
Le White, place Centrale, 06660 Auron, 04 93 23 34 90. Carte : 60 €.
Le Bistrot d’Antoine, 27 rue de la Préfecture, 06000 Nice, 04 93 85 29 57. Carte : 40 €.
Michel Chabran, RN7, 26 600 Pont de l’Isère, 04 75 84 60 09. Carte : 150 €. Menu : 85 €.

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