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Ça selfie comme ça !

L’autre jour, à quelques mètres de la pyramide du Louvre, une institutrice demandait à ses élèves ce que leur inspirait le décor. Silence de mort. Pas un gamin pour répondre qu’on voyait des sculptures, une architecture, des perspectives, un condensé d’art à la française. Ils ont bien fait de se taire. Ce n’était pas la réponse attendue. Sur un ton glacial, la prof leur a ouvert les yeux au rasoir : « Ici vous avez tous les symboles du pouvoir absolu ! ». Ah bon. De toute manière, sains comme l’eau de mer, frais comme l’eau de source et appétissants comme des pubs “Tommy Hilfiger”, ils n’écoutaient pas, trop occupés à se prendre en photos les uns les autres. Si elle comptait former les prochains « Mélenchon », Robespierrette n’avait pas fini d’être déçue. C’est comme ça aujourd’hui : les visites de musée tournent au safari-photo. Avec une arme nouvelle, la longue perche au bout de laquelle fixer un smartphone pour réussir les fameux selfies. On ne regarde plus autour de soi, on veut juste garder une trace de son passage. Et tant pis pour ceux qui viennent vraiment observer les œuvres. Les tableaux majuscules, genre “La Joconde”, sont inaccessibles. Pressé comme des tuiles sur le toit, le public se dresse comme les Alpes entre eux et vous.

Inutile de se dresser sur la pointe des pieds : tendu à bout de bras un mur de smartphones ondule. Écrits tout petits et placés jusqu’au sol, les cartouches indiquant le nom de l’œuvre, sa date, son format et le musée qui le prête, sont plus inaccessibles que jamais. De toute manière, je vous rassure, personne ne s’impose au cric pour le lire. L’oreille collée à l’audiophone, tout le monde glisse d’une salle à l’autre en se gorgeant d’informations. Dire qu’autrefois, il fallait des litres de café pour ne pas sombrer dans le coma quand quelqu’un parlait d’art. Plus rien de tel. Des milliers de zombies traversent le Louvre comme le soleil traverse une vitre, sans louper une seule étape à selfies. Ce sont devenus des paparazzis branchés sur pilote automatique qui s’espionnent eux-mêmes. Ça selfie comme ça !
G. M.-C.

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