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Et si on se faisait un néo bistrot en doggy bag ?

Numéro 85 – Gastronomie

Dans le langage des loquedus en Hugo Boss (le gars qui a taillé les costards des SS), vous aurez remarqué que, dans un bistrot, lorsqu’ils s’ébaubissent, ils parlent de street, de burger, de world, de style, de cool, on en passe et des plus blèches. Bref, entre le truc bento party, le trip doggy bag et le machin izakaya, vous vous paumez le sorbet citron dans un sabir pana cotta au sirop de pamplemousse qui vous accroche la tourte de caille autour des aubergines fondantes. C’est un peu le cas aux Batignolles, dans le style « j’ai fait un rêve », à deux pas du parc Martin-Luther-King, où sévit un birlo pour hipsters et bobos, féru de mariachis, de tapas à la mexicaine, de topinambours à la russe, genre « Kipètetrovitchi », d’œuf parfait et de cabillaud cuit au son de “Saturday night fever”, héliantis en prime (ou hélianthe scrofuleux). Donc, mes globos, si vous cherchez à vous cailler les côtelettes de bar étuvées à la roteuse, burp ! vous aurez le rez-de-chaussée et l’étage pour le même prix, une manière snobissime, un service à la Bronco Billy et les herbes aromatiques dans le pot. Entre nous, à part la soirée snackée comme un panini, on évite.
Coretta, 151 bis rue Cardinet, 75017 Paris, 01 42 26 55 55. Menu : 39 €. Carte : 60 €.

Juste en face d’un institut de remise en forme avec massage naturiste, gisquette en cache-frifri et samouraï de la pampa, il y a justement Hidenori Kitaguchi, un petit ronin qui est passé par Jamin, honorable chef au doigté de geisha, qui, entre les asperges savoureuses et le cochon de lait croustillant à souhait, vous concocte le faux-filet de Normandie à la maman et le suprême de pintade à la papa. Avec un Minervois de première bourre (32 €), le masseur de la tortore, ce qui est plus fendard que la tortore de ma sœur, est un Kobé à suivre. On le voit bien shogun sous peu. Son sens du produit, la délicatesse de ses mets et la précision de ses cuissons nous plongent le soleil dans le levant.
H. Kitchen, 18 rue Mayet, 75006 Paris, 01 45 66 51 57. Menu : 45 €. Carte : 60 €.

Pour finir, chers mijoteurs d’émotions, si vous aspirez à devenir envoûteurs de papilles ou pisteurs de gourmandises, enquillez-vous rue du 4 septembre et foncez chez Julien Duboué (l’ancien d’Afaria) pour dire en toute quiétude, grâce à son potiron confit aux agnolotti d’artichaut et sa super sélection de viandes rôties à la broche : « J’aime le son du cor au fond Duboué ». Hormis cet hasardeux jeu de mots, je vous l’accorde, massez-vous le cigarillo du père Léone, et optez pour la soupe de crustacés à l’aïoli curcuma yuzu, la sole cuite au jus de sureau et aux condiments, et au génial entremet choco passion. Comme ça, grosso merdo, on dirait une billevesée à la Gagnaire. Mais le petit gars a du jus de Landes (et surtout pas de Hollande !) dans le chou pak choï. Il ne nous prend pas pour des pigeons bressans au makrout d’acacia, il pense avant tout à la croûte ! On croûte donc, et aux oignes, le vieux gouda en éventail, du Pays basque plein les quinquets, les papilles au chaud. Aboulez donc votre belle verrine, mes cassos, chez A-Noste (très bonnes tapas au rez-de-chaussée), vous aurez le litchi sur le bout du gingembre !
A-Noste, 6 bis rue du 4 septembre, 75002 Paris, 01 47 03 91 91. Menu : 60 €.

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