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Courage, fonçons !

Et si le tweet était une façon de s’engager comme un justicier blanc spontané ?

Les combats intellectuels sont dérisoires par rapport aux seuls vrais, ceux où on risque sa peau et de perdre sa vie. Où on se trouve véritablement en danger et non pas, comme certains artistes se plaisent à le dire de manière grotesque, parce qu’ils ont accepté de jouer un rôle sulfureux dans une pièce ou un film troubles ! Il n’empêche. Aussi insignifiantes que soient, par comparaison, les luttes de l’esprit, elles valent d’être menées et, pour ma part, elles n’ont de sens que mises au service des autres, qu’en soutien de pensées libres, courageuses et donc vilipendées. Modestement j’ai pris ce parti et puis-je dire que je n’y ai eu aucun mérite tant on éprouve de la volupté à sortir de soi, non pas pour se regarder de l’extérieur avec ravissement mais pour se livrer à des joutes altruistes. Quand je défends Eric Zemmour et sa liberté, ce n’est pas qu’il ait besoin de moi mais les charges contre lui sont tellement injustes et violentes qu’on n’est jamais trop de deux pour y répliquer.
Cette démarche qui vise peu à sa propre sauvegarde – il est normal de payer le prix, pour soi, de l’audace toute relative qu’on s’octroie et de recevoir de plein fouet des réactions imbéciles ou stimulantes, c’est selon – offre également le grand mérite de vous blinder, de vous prémunir contre une excessive susceptibilité quand il s’agit d’idées et de concepts. J’ai bien conscience qu’être un adepte régulier, voire frénétique, certains jours, des réseaux sociaux – comme par exemple Twitter – ne révèle sans doute pas qu’un désir éperdu de communication mais aussi une image de soi qui n’est pas toute d’humilité. Il faut croire, durant quelques instants, que ce qu’on va écrire et diffuser, même seulement en 139 signes, est suffisamment important pour qu’on s’aventure ainsi vers autrui.

Derrière le fond du tweet, il y a l’insistance de l’être. Mais, après tout, cette vanité honorable n’est-elle pas perceptible dans toutes les œuvres de l’esprit, des plus dérisoires aux plus graves ?
Avoir pris l’habitude de m’engager comme un justicier blanc spontané et non sollicité en faveur de causes superbement minoritaires n’a pas cessé de me donner, dans le domaine de la contradiction et du débat, une sorte d’immunité, de tranquillité, alors que par ailleurs je ne brille pas par la patience, tout simplement parce que je ne connais pas d’autre définition pour l’idée que ce qui peut, doit être contredit. Donc une liberté d’expression qui s’offusquerait de la riposte me semblerait contradictoire dans les termes. Cela ne signifie pas que tout est aisé à absorber, à assumer. Pour reprendre l’exemple de Twitter, je suis confronté à deux types d’obstacle, l’un profond et dévastateur, l’autre superficiel mais indécent. Le premier a trait à la médiocrité, voire à la nullité des échanges quand vos contradicteurs ne connaissent que Twitter et ne s’informent qu’à partir de ce réseau social. C’est une catastrophe car souvent une arrogance ignorante et par conséquent impérieuse inscrit dans l’instant du tweet une histoire, une problématique qui durent depuis des années. On évoque Nicolas Sarkozy comme s’il venait de naître à la politique avec une pureté touchante. On accable François Hollande en l’extrayant de tout ce qui pourrait rendre son appréhension nuancée et complexe. Twitter n’est un formidable outil que pour ceux qui, dans l’information et l’expression, en ont beaucoup d’autres à leur disposition.

Le second se rapporte à des indélicatesses, à une méchanceté nue qui vous laissent saisi avant de réagir et de dénoncer l’ignominie ou la bêtise, qui sont souvent jumelles. Je me souviens d’un tweet où je m’amusais de Brice Hortefeux capable d’approuver Sarkozy même si ce dernier en venait à déclarer qu’en pleine nuit il fait jour. Un intervenant, spécialiste dans les ventes aux enchères internationales, que j’aurais pu présumer courtois, s’est contenté de me répliquer : « Votre cancer se voit maintenant sur le visage ». Sans aucun lien avec mon propos ni, je l’espère, avec mon visage. J’ai riposté, répliqué, pourfendu. Je me suis fait du bien en dénigrant le mal. Je me contente de ces combats intellectuels en admirant les authentiques héros de la guerre ou du quotidien. Tant pis. Je ne suis un intrépide qu’en chambre.
P.B.

Le suicide français, d’Eric Zemmour, Albin Michel, 544 p., 22,90 €.

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